Un atelier thérapeutique de poterie-céramique et un atelier de couture pour Nha Trang

EnvoyerImprimerPublié le 16/05/10

De septembre 2009 à septembre 2010, les associations Orange Fleurs d’Espoir et AGIRabcd avec leur partenaire local, le Centre de rééducation fonctionnelle et d’éducation des enfants handicapés de Nha Trang, ont le projet de mettre en place un atelier thérapeutique de poterie-céramique et un atelier de couture pour aider les jeunes victimes vietnamiennes de l’Agent Orange.

Ces deux ateliers ont pour but : IMG_0226.jpg

  • sur le plan thérapeutique, de rééduquer et de permettre l’épanouissement des enfants du centre (polyhandicapés, handicapés mentaux, malentendants et sourds et muets) à travers des activités manuelles et artistiques.
  • sur le plan professionnel, de former et orienter les jeunes dans le domaine de la poterie-céramique et du textile, deux secteurs dynamiques et ouverts aux personnes handicapées au Vietnam.
  • sur le plan financier, d’apporter des ressources financières au centre grâce à la vente des produits de l’atelier sur les marchés et vers les touristes.

Comme tout projet réussi, il fallait aux ateliers de Nha Trang une équipe efficace et de beaux rêves. En faisant intervenir, dès septembre 2009, des professionnels français aux côtés de la directrice du centre, à savoir une ergothérapeute-céramiste d’art et une designer et professeur de couture, les deux ateliers ont pu être lancés dans les temps. Grâce aux subventions de la ville d’Ivry-sur-Seine, du Conseil Général du Val-de-Marne, du Conseil Régional d’Ile-de-France et des Dotations de Solidarités Nord-Sud de la Guilde Européenne du Raid, en partenariat avec l’Agence Française de Développement, les ateliers ont pu être équipés d’un four, de machines à coudre et de matériel de poterie et de couture.

CIMG0777.JPGIl reste encore beaucoup à accomplir pour bien faire comprendre l’intérêt thérapeutique d’une telle démarche au Vietnam mais le projet est déjà sur la bonne voie : celle qui, comme le défend la directrice du centre, Mme TRAN THI Ngoc Lien, permettra aux enfants de Nha Trang de “connaitre la joie de créer, de s’exprimer, d’être reconnus et valorisés, et , en même temps, de gagner leur vie et s’insérer dans la société comme ils le souhaitent tous et comme le stipule la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.”

Marie Dattin, jeune ergothérapeute de l’Institut de formation en ergothérapie de Nancy a accompagné, dans le cadre d’un stage de deux mois, notre chef de projet ergothérapeute lors du lancement en septembre dernier de l’atelier de poterie-céramique à Nha Trang. Rencontrée cinq mois après son retour en France, elle nous confie son expérience et ses futurs projets :

Bonjour et merci d’être ici pour témoigner de ton expérience. Première question que l’on doit souvent te poser, qu’est-ce que l’ergothérapie ? IMG_0671.JPG

L’ergothérapie s’est développée professionnellement après la seconde Guerre Mondiale dans le but de réinsérer par le travail les mutilés de guerre dans la société. Aujourd’hui il s’agit d’une activité paramédicale. On peut surtout la comparer à la kinésithérapie : là où le kiné va chercher à rééduquer et récupérer le maximum de capacités physiques perdues d’un patient, l’ergothérapeute se concentrera sur la réadaptation et la valorisation des capacités restantes. En ergothérapie nous travaillons le geste mais pas seulement : on cherche aussi à adapter l’environnement du patient à ses nouvelles capacités physiques. Cela demande d’être très bricoleur ! Une autre différence avec la kinésithérapie est que l’ergothérapie s’occupe aussi des aspects cognitifs, l’attention, la mémoire, etc. On ne cherche pas à récupérer quoique ce soit, on accepte le handicap. Notre but est de rendre le patient autonome dans sa vie quotidienne. Cela implique un suivi long et une relation plus proche avec lui. En ce sens l’ergothérapie est une profession complémentaire de la kinésithérapie, de la médecine et de la psychiatrie.

Quelle a été ton expérience à Nha Trang au sein du nouvel atelier thérapeutique de poterie-céramique ?

Nous sommes parties à trois : nous étions deux stagiaires de l’institut de Nancy et un docteur à la retraite, ancienne ergothérapeute et membre de l’association AGIRabcd. Le centre de Nha Trang est comparable à une école pour enfants handicapés : en plus du cursus scolaire, ils ont des ateliers pour leur permettre de s’exprimer et de créer. L’idée était de mettre en place un atelier de poterie-céramique pour les enfants sourds et muets puis de l’ouvrir aux enfants présentant des handicaps plus lourds, tels que ceux atteints d’IMC (Infirmité Motrice Cérébrale ou paralysie cérébrale) ou de malformations. Nolwenn, l’autre stagiaire, et moi-même travaillions donc avec les kinés déjà présents sur le centre pour leur montrer notre technique, et durant les ateliers auprès des enfants.IMG_0227.jpg

Quel était ton état d’esprit au départ… puis au retour ?

En partant, on est plein d’optimisme. On fait l’erreur de croire que l’on va apporter quelque chose aux gens, que l’on va changer les choses. Au final, on en revient frustré : deux mois, c’est beaucoup trop court ! On se rend compte qu’on n’a pas donné grand chose. Faire comprendre une discipline et une approche différente est un processus très lent. La plupart du temps on était face à de l’incompréhension de la part des kinés que l’on “formait”.

Quelles ont été vos plus grosses difficultés sur place ?

C’était notre âge et le fait que nous n’étions pas encore diplômées. Nous n’étions pas écoutées, on ne nous accordait pas la crédibilité que l’on méritait. Sans parler des conditions de vie qui étaient associées à notre statut étudiant, avec notamment des différences dans le logement ! Heureusement que nous étions avec Andrée, la chef de projet qui est ergothérapeute à la retraite : elle nous appuyait et, elle, était écoutée. Une autre difficulté était la langue ! Nous avions des interprètes mais ce n’était pas suffisant pour faire passer nos idées, notre philosophie et du vocabulaire souvent technique.IMG_0298.jpg

J’ai entendu dire que tu avais un autre projet au Vietnam. Peux-tu m’en dire un peu plus ?

Je projette de retourner à Nha Trang ! Mais cette fois je serai diplômée et je m’engage pour six mois à un an : j’aurai ainsi le temps et la crédibilité nécessaires pour réaliser concrètement des choses ! J’ai plusieurs idées de projets en tête et il faut encore que j’affine ça. J’ai, par exemple, connaissance d’un hôpital psychiatrique, en périphérie de Nha Trang, qui fonctionne de manière plutôt archaïque : ils ont beaucoup d’espace mais les patients ne font rien et sont juste soignés avec des “camisoles chimiques”. Pourtant des infirmères ont eu l’idée de faire faire des activités artisanales aux handicapés pour les occuper. Seulement ces ateliers ont un but uniquement occupationnel et non thérapeutique. J’envisage peut-être de travailler avec eux pour les améliorer. Si j’ai le temps je pourrais aussi réaliser une mission exploratoire à Ninh Binh, au sein de la communauté qu’aide Orange Fleurs d’Espoir à travers son nouveau projet de ferme écologique, thérapeutique et touristique.

Propos recueillis par Audrey Guého, pour Orange Fleurs d’Espoir, le 12 avril 2010.

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