Rencontre avec un vice-président haut en couleurs !

EnvoyerImprimerPublié le 10/06/10

NGUYEN Khan Hoi, vice-président d’Orange Fleurs d’Espoir, est un personnage ! A 78 ans, résidant en France depuis ses 16 ans, il est vice-président d’une dizaine d’associations et heureux possesseur d’un fonds documentaire sur le Vietnam des plus impressionnants. Mais ce n’est pas tout ! Retour sur des années d’engagement et une vie riche comme un roman :

Bonjour Monsieur NGUYEN, merci de me recevoir chez vous. Je suis très heureuse de pouvoir faire votre connaissance. Commençons par le début si vous le voulez bien : pourquoi et comment êtes vous venu en France ?

Je suis arrivé en France à 16 ans et demi. Mes parents voulaient se débarrasser de moi ! [rire] A l’âge de 13 ans, je suis parti dans le maquis pour faire passer une mitraillette dans le sud. J’étais avec une femme. Une femme et un enfant : nous ne pouvions pas être soupçonnés et il a été facile de faire passer l’arme. Sur le chemin, je me suis fait photographier par les camarades avec la mitraillette, fier comme j’étais ! Plus tard, mon père est tombé sur la photo. Il est entré dans une colère ! Il m’a dit que sa génération avait déjà fait la guerre, que ma génération et moi-même devions nous concentrer sur l’après-guerre et la reconstruction. Alors il m’a envoyé en France pour étudier. Je suis arrivé en France à 16 ans et demi. Tenez une photo de moi à cet âge… une vraie tête de brigand ! [rire] Dans ma valise il y avait une peau de crocodile, du thé, d’autres petites choses et des kilos de riz ! De quoi tenir un an sans gagner d’argent. Je me souviens que quand je suis arrivé à Paris, j’ai acheté l’Humanité. Sur la première page il y avait le signe de la faucille et du marteau. C’était interdit au Vietnam. Peu après mon arrivée, je me suis mis à vendre l’Avant-Garde, le journal des jeunes communistes. Très vite j’ai intégré le groupe trotskiste.

Ainsi vous vous êtes engagé politiquement très jeune. Je sais qu’actuellement vous êtes vice-président d’une dizaine d’associations. D’où vous vient cet intérêt pour le monde associatif ? Et pourquoi être toujours vice-président ?

Ha, c’est un engagement total et complet ! Je suis immergé dans le monde associatif depuis toujours. La majorité sont des associations liées eu Vietnam mais pas seulement. Ce que j’aime dans le monde associatif, c’est les contacts humains, les rencontres, les échanges. On peut y apprendre et y enseigner. J’y suis vice-président pour les relations internationales, parce que j’ai l’habitude de voyager depuis que je travaille – j’étais économiste dans un grand groupe informatique – et je parle plusieurs langues. Mais quand je ne suis pas vice-président, je suis au moins au conseil d’administration : pour donner des conseils comme les conseils ça ne coûte pas cher… [rire]

Et pourquoi ces combats de toute une vie ?

C’est pour ma notion de la justice. Je ne peux pas supporter les privilèges. En tant qu’économiste, je me suis intéressé très tôt à l’idée de l’économie durable. Par exemple, en 97, j’ai participé à un documentaire, Le coq et le dragon, qui présentait les actions d’une association dont je suis membre, l’AREBCO, l’association des retraités bénévoles pour la coopération, et l’aide qu’elle procure aux gens des hauts-plateaux au Vietnam. Aller à la rencontre de ces personnes était très émouvant et le tournage en a fait pleurer plus d’un !

Vous avez chez vous une mine de documents sur le Vietnam. Pourquoi amasser tant de livres, de notes, de films… ? Que souhaitez-vous faire de ces archives ?

Ce que je veux en faire ? ça c’est en effet un problème à résoudre sinon ma fille finira par y faire le ménage et tout mettre à la poubelle ! [rire] Il y a vraiment beaucoup de choses ici. Aidé de quelques étudiants, je fais le tri entre les documents qui n’ont qu’une valeur temporaire et les autres. J’ai décidé de tout léguer aux archives du Vietnam du Texas. Ils en feront des copies à distribuer. Je ne sais plus quand j’ai exactement commencé à accumuler ces documents. C’est comme pour les engagements associatifs. Quand j’ai commencé à rencontrer et à discuter avec des gens, ils me citaient des auteurs ou des notions que je ne connaissais pas. Je trouvais donc les bouquins en question puis je vérifiais. Je pouvais alors revenir vers les gens et continuer le débat. C’est mon esprit de contradiction, un sens critique. Ce n’est pas discuter pour discuter mais pour aboutir à des raisonnements constructifs.

Avec votre amour du Vietnam, pourquoi être resté vivre en France ?

La première fois que je suis retourné au Vietnam, c’était 40 ans après être arrivé en France ! Finalement je suis plus utile depuis la France. C’est plus facile d’y trouver de la documentation, d’y rencontrer des gens. En plus, quand je vais au Vietnam maintenant, j’y ai le statut d’invité de marque : c’est plus intéressant que celui de résident !

De quoi êtes-vous le plus fier dans votre vie ?

Fier ? Il n’y a rien dont je sois particulièrement fier. La fierté est une notion abstraite pour moi. C’est très subjectif. Dans la vie, il faut être modeste… mais juste ce qu’il faut : trop de modestie et on retombe dans la fierté ! [rire] Je crois que ce dont je pourrais être fier c’est des actions qui font boule de neige et donnent des idées aux autres…

En tant que vice-président de l’association, comment voyez-vous les projets de Orange Fleurs d’Espoir ?

L’enjeu de Orange Fleurs d’Espoir, c’est de savoir trouver les partenariats et partager les projets avec d’autres acteurs. Par exemple, pour un projet tel que celui de la ferme de Ninh Binh [projet 2010-2014], nous sommes trop petits pour tout gérer. Nous n’en sommes que les initiateurs. En fait nous sommes juste les mèches qui servent à faire exploser la bombe !

Avec une vie comme la votre, pour quand sont vos mémoires ?

Ha ! mes mémoires, hé ben ça ! J’écris deux phrases de temps en temps. Mais je n’ai pas vraiment le temps. En ce moment je travaille surtout à rassembler et à écrire sur les vies de tous les gens qui se sont battus pour le Vietnam. Une autre façon de mettre de l’ordre dans mes archives !

Ce jour-là, c’est avec regret que j’ai quitté NGUYEN Khan Hoi, qui, avant mon départ, me dit, dans un énième éclat de rire, qu’il pourrait tout aussi bien s’appeler Khanh Hoi, montagne de vertus en vietnamien. Décidemment notre vice-président ne sait pas se prendre au sérieux !

Propos recueillis par Audrey Guého pour Orange Fleurs d’Espoir, le 17 avril 2010.

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