Le paysage associatif français

EnvoyerImprimerPublié le 29/11/18

Pourcentage.pngVous voulez en savoir plus sur l’état actuel du monde associatif et sur les enjeux à venir ? Voici les principaux enseignements de l’étude de Viviane Tchernonog, chercheuse au CNRS et au Centre d’économie de la Sorbonne, qui paraîtra au printemps prochain.

De plus en plus d’associations, de petite tailles et bénévoles

Le nombre d’associations est passé de 1.3 millions en 2011 à 1.5 millions en 2018, signe d’une belle vitalité associative et d’un désir d’engagement ! Ces nouvelles structures sont pour l’essentiel de petites associations locales de bénévoles.
A l’inverse, les moyennes et grandes associations sont moins nombreuses, et, pour la première fois, les associations employeuses amorcent un léger recul en nombre.

De plus en plus de bénévoles mais des difficultés à renouveler les dirigeants bénévoles

22 millions de Français donnent de leur temps, au moins une fois chaque année ! Le nombre d’heures bénévoles augmente de 4,9 % par an, soit 1,4 millions d’équivalents temps plein.
En revanche, de nombreuses associations éprouvent des difficultés à renouveler les équipes dirigeantes, majoritairement composées d’hommes (64 %), de seniors (41 %) et les catégories socio-professionnelles supérieures (31 %).
La relève et l’inclusion d’autres publics/bénévoles est en jeu !

Des financements publics en baisse et une participation des usagers en hausse

C’est une première, le budget associatif consolidé stagne entre 2011 et 2017, et les financements privés sont aujourd’hui la principale ressource des associations (55% contre 45% de financements publics). C’est, selon Viviane Tchernonog, une véritable « rupture historique », obligeant nombre d’associations à « faire plus avec moins ».
Parmi les financements publics, les subventions représentent moins de la moitié, face aux appels à projet et aux marchés publics.
Parmi les financements privés, la participation des usagers est en hausse : les associations, pour rester à l’équilibre et poursuivre leur activité, sont en effet contraintes d’augmenter cette participation, avec des risques évidents d’inégalités socio-économiques.

Du désir d’engagement aux modalités d’engagement : de nouvelles formes à inventer ?

Les chiffres cités plus haut témoignent d’« un fort désir d’engagement », mais le format associatif n’apparaît pas/plus comme LA solution à ce désir : ainsi, les jeunes ou les personnes en difficultés s’y engagent peu. En parallèle, des formes plus informelles émergent, comme les collectifs citoyens, non déclarés, ou encore les plate-formes où l’on peut effectuer une mission bénévole ponctuelle.

Face à ces évolutions fragilisant les associations, Viviane Tchernonog s’interroge sur les suites : « résister collectivement à la marchandisation et à la rigueur budgétaire, […] Mais au-delà ? Etre pragmatiques en s’assumant, lorsque nécessaire, comme entreprises associatives, être imaginatifs pour conjuguer innovation financière et innovation sociale, être coopératifs en renforçant les fédérations, les groupements et les mutualisations. »

Chiffres issus d’une Tribune parue dans Le Monde, 17 octobre 2018
Viviane Tchernonog, chercheuse invitée au Centre d’économie de la Sorbonne et Hugues Sibille, président de la FondationCrédit Coopératif, président du think tank Labo de l’ESS