Echanges musicaux franco-vietnamien

EnvoyerImprimerPublié le 20/04/10

Du 25 avril au 15 mai 2010, Orange Fleurs d’Espoir et l’école de musique Jazz Bond Association organisent à travers le Vietnam une série de concerts, master classes et stages en direction des centres culturels et des hopitaux. Une occasion en or pour apporter aux enfants handicapés et à leurs familles une musique du monde décomplexée et accessible.

Voici comment Véronique Béhin-Cartier, présidente de Jazz Bond Association et professeur d’éveil musical, et Marc Béhin, guitariste et professeur de guitare, tous deux du voyage, envisagent leur aventure vietnamienne :

Bonjour et merci d’être ici. Tout d’abord pouvez-vous m’expliquer ce qu’est Jazz Bond Association et ce que vous y faites ?

Marc : Jazz Bond Association est une école de musique et d’éveil musical, basée au Perreux-sur-Marne dans le Val de Marne. Nous existons depuis 1992 et accueillons actuellement environ 150 élèves de 3 à 70 ans ! Nous favorisons l’improvisation et la musique actuelle. Nous voulons dépasser le carcan que la France impose habituellement à la musique : notre pédagogie cherche à la désinhiber, à la désacraliser… Dans le choix de son instrument, le musicien doit écouter ses sentiments et son instinct. Il y a comme un rapport charnel à l’instrument. Personnellement je suis tombé amoureux de la guitare. Je suis aujourd’hui musicien, compositeur et professeur de guitare.

DSCN2701.JPGVéronique : De mon côté je suis tombée amoureuse de la Tampura, une basse indienne, nettement plus imposante que la guitare puisqu’elle mesure près de 1m50 ! Il va de soi que je ne peux pas l’emmener partout avec moi. D’ailleurs, pour le Vietnam, elle ne sera pas du voyage ! A côté de ça je suis professeur d’éveil musical auprès de la petite enfance et du public handicapé. J’ai des groupes d’enfants, disons, “classiques”, des groupes d’enfants handicapés, et des groupes mixtes avec, par exemple, un enfant handicapé avec des enfants “classiques”. Dans ce cas, il y a souvent une entraide qui se met en place entre les élèves. J’ai l’habitude de dire que chacun a quelque chose à échanger, une richesse à apporter.

Marc : Et la musique a la possibilité d’apporter une réalité sociale à ce type de public. Je me souviens d’un concert que nous avions donné dans un hôpital à Nancy, face à un public difficile et émotionnellement instable. A peine avons-nous commencé à jouer que tout le monde s’est calmé. Les médecins ne reconnaissaient plus leurs jeunes ! C’est ça la force de l’art : il peut récupérer des gens qui sortent du moule. La musique parle aux émotions, pas à l’intellect !

Véronique : Oui, je n’ai jamais connu de personne qui soit insensible à la musique. Il y a toujours une réaction, soit de rejet, soit d’apaisement. J’ai cet exemple avec une jeune fille autiste. Elle passe son temps à crier et à balancer les bras, mais dès qu’elle est en cours avec moi, elle se calme, devient attentive. Elle peut alors partager avec les autres.

Dans quelle démarche s’inscrit l’échange musical que vous allez vivre au Vietnam ?

Marc : C’est la première fois que nous avons un projet liant musique et humanitaire. Nous souhaiterions qu’il s’inscrive dans le long terme. Suivant nos contacts et nos partenaires, nous aimerions mettre en place une résidence d’artistes et ainsi pouvoir créer des échanges entre notre école et cette résidence. Nous voyageons depuis longtemps déjà et nous aimons ça. C’est vrai que la musique nous aide beaucoup : pas besoin de parler la langue du pays, les instruments sont nos intermédiaires !DSCN2707.JPG

Véronique : Nous avons déjà des expériences d’échanges musicaux en Inde, au Sénégal, au Maroc, en Algérie… Les musiciens sont curieux de nature. Arrivez avec vos instruments et votre musique et vous serez toujours bien accueillis ! Les gens sont intéressés et se demandent ce que vous apportez avec vous. Mais au-delà des échanges musicaux, ce que l’on recherche c’est finalement de vraies rencontres, de la simplicité.

Marc : On a un souvenir comme cela alors qu’on faisait un concert à Fort Cochin en Inde. Notre groupe était au carrefour des quartiers hindouiste, musulman et juif de la ville. Nous étions en train de jouer quand un groupe d’hindouistes nous a demandé de faire une pause le temps que les musulmans fassent leur prière. Tout le monde a respecté le silence. Et je suis sûr que les musulmans auraient montré un tel respect pour les hindouistes ou les juifs. C’était un moment merveilleux !

Plus précisément, qu’allez-vous faire durant vos trois semaines au Vietnam et comment avez-vous préparé votre voyage ?

Véronique : Nous sommes trois à partir : Marc, HO Hai Quang qui est chanteur, et moi-même. Nous allons passer la première semaine à Hanoï, en débutant par un concert au Centre Culturel Français, puis une semaine à Hué et la dernière semaine à Ho Chi Minh Ville. Tout au long du trajet nous ferons des concerts, des classes d’éveil musical ou des master classes dans des centres de formation professionnelle et des hôpitaux suivant le planning qu’a organisé Orange Fleurs d’Espoir. Nous interviendrons également à Ninh Binh dans la communauté de femmes qu’aide Orange Fleurs d’Espoir. Pour ce qui est de la préparation, c’est surtout faire les malles d’instruments qui demande le plus de travail ! Comme c’est notre premier voyage et que nous allons beaucoup bouger, nous nous sommes limités : nous apportons uniquement guitares et percussions.

Quel est votre état d’esprit à deux semaines du départ ?

Marc : Nous avions une résidence en Algérie mais, suite aux attentats de 2007, nous avons décidé de tout arrêter, de rentrer en France et de se poser. Mais finalement nous avons rencontré Orange Fleurs d’Espoir et nous voilà repartis ! Je pense que dans la vie, il faut laisser faire les choses. Les projets s’alimentent d’eux-mêmes au gré des rencontres et des contacts. Au Vietnam nous allons chercher des relations pour peut-être mettre en place une résidence, mais si ça ne fonctionne pas, ce n’est pas grave. Sans attente particulière, on ne peut être ni déçu, ni anxieux, juste enthousiaste face à ce nouveau voyage !

Propos recueillis par Audrey Guého pour Orange Fleurs d’Espoir, le 6 mars 2010.

Restez au courant des aventures musicales de Marc et Véronique au Vietnam grâce à leur blog.

Le 31 janvier 2010, Jazz Bond Association s’engageait déjà aux côtés des associations Orange Fleurs d’Espoir, Cinq sur Zinq et Orange Dioxine, pour un concert accompagné d’une projection de film et d’un déjeuner au profit de la ferme thérapeutique et écologique de Ninh Binh.

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