Deux modèles pour une ferme durable et solidaire

EnvoyerImprimerPublié le 16/05/10

Le projet 2010-2014 de l’Association Orange Fleurs d’Espoir est d’accompagner la diversification de la Ferme aux Champignons de Ninh Binh, à une centaine de kilomètres au sud de Hanoï. A l’origine du projet est un groupe de femmes vietnamiennes, anciennes volontaires sur la Piste Ho Chi Minh durant la guerre, exposées alors à l’Agent Orange, et aujourd’hui mères d’enfants handicapés.P10109991.JPG

Pour assurer l’avenir de leurs enfants, ces femmes se sont rassemblées autour de l’entrainante PHAM THI Cuc, directrice d’une champignonnière située à la sortie de la ville de Ninh Binh, avec le projet de créer une communauté rentable, sécurisante et dynamique. Avec en ligne de mire la promotion des femmes et l’insertion sociale des handicapés, la Ferme aux Champignons de Ninh Binh va être aménagée pour accueillir des touristes dans la cadre idyllique de la Baie d’Halong terrestre. Ecologie, pédagogie, thérapies alternatives (telles que la zoothérapie ou la phytothérapie) et Musée sur la vie sur la Piste Ho Chi Minh pendant la guerre se mêleront pour faire de la ferme un lieu de rencontre entre les voyageurs solidaires, leurs hôtes et les jeunes handicapés.

Dans le cadre de ce vaste et fascinant projet, Orange Fleurs d’Espoir a la chance de compter parmi ses membres mesdames Odile Boone et Mireille Laroche, dont les fermes sont les inspirations à taille réelle de la ferme de Ninh Binh :

  • Un réseau de fermes pédagogiques en Picardie.

Odile Boone est présidente de la branche picarde du réseau Bienvenue à la Ferme et possède, avec Dominique, son mari, sa propre ferme pédagogique, Au Fil de l’Angora : 40 hectares de production céréalière et un élevage exceptionnel de 64 lapins Angoras dont elle utilise la laine pour confectionner chaussettes, pulls ou mitaines.

Depuis vingt ans, Bienvenue à la Ferme est le réseau national d’agriculteurs diversifiant leurs activités vers l’accueil à la ferme. Tous ont en commun la volonté de rendre accessible le monde agricole tel qu’il est réellement, loin des incompréhensions et des à-priori qui l’habillent aujourd’hui.

P10200321.JPG Faire connaître et reconnaître le travail de l’agriculteur est le combat d’Odile qui est engagée dans le réseau depuis ses débuts. Avec ses lapins et ses plantations de blé ou de colza, Odile a mis en place des activités pédagogiques en direction d’enfants, d’adolescents et d’adultes avec l’objectif de faire comprendre le lien entre la production et la consommation. L’occasion pour Odile de transmettre ses savoirs et ses compétences de façon pédagogique et ludique en mêlant nature et sciences. Ses activités nous font réfléchir sur, entre autres, les fibres qui nous vêtissent ou l’usage de l’amidon, omniprésent dans nos vies quotidiennes.

Avec une créativité comme celle d’Odile, les possibilités d’apprentissage et de découvertes qu’offre une ferme semblent inépuisables. Pourtant cette démarche est encore peu répandue et, selon elle, méconnue : “Aujourd’hui ce qui me gène, c’est que ce travail d’accueil à la ferme n’est pas toujours bien compris au sein de notre propre famille : les agriculteurs. Aux yeux des agriculteurs qui n’adhèrent pas à la démarche de diversification, nous sommes des commerçants et non plus des producteurs. Pourtant on reste des producteurs avant tout. A travers les ateliers pédagogiques et la vente directe de produits de la ferme, on valorise notre propre métier. Et quand on voit la rentabilité d’une telle démarche, on a envie de leur ouvrir les yeux ! Aujourd’hui je gagne plus avec mes 64 lapins qu’avec mes 40 hectares ! Grâce à l’accueil à la ferme, j’ai un réel salaire, je prends plaisir à travailler et je rencontre du monde. J’ai déjà vu des agriculteurs arrêter l’élevage de porcs, de vaches… mais jamais l’accueil et Bienvenue à la Ferme !”

C’est lors d’une rencontre fortuite qu’Odile a connu l’association Orange Fleurs d’Espoir. Amoureuse du Vietnam depuis longtemps, elle s’est enthousiasmée pour le projet de la ferme de Ninh Binh. “J’ai envie de donner et de partager ce “truc” qui marche ! En 20 ans de Bienvenue à la Ferme, on s’est beaucoup professionnalisés et ce qu’on a appris peut être utile ailleurs. Mais cet enrichissement peut aussi être réciproque : le projet de Ninh Binh peut dynamiser et resserrer notre réseau tout en apportant un regard nouveau sur notre démarche.” Dans le fond, la présidente de Bienvenue à la Ferme de Picardie n’a qu’une envie : “être contagieuse” !

  • Une ferme thérapeutique et atypique au nord de Blois.

La Petite Pommeraie est l’œuvre d’une femme peu commune, convaincue de longue date des effets thérapeutiques des animaux sur les handicaps et les maladies mentales : Mireille Laroche. Sa ferme présente une diversité exceptionnelle. On y trouve des vaches, des chèvres, des moutons, des chevaux, des cochons, des ânes, des chiens, des lapins, des chats, des oiseaux exotiques et une basse-cour regorgeant de spécimens empanachés. Grâce aux soins et aux attentions constantes que leur donne Mireille, ces animaux sont tous dociles et patients.P10200341.JPG

La raison d’être de cette ferme est la thérapie par les animaux, mais aussi par des activités simples, proches de la nature et valorisantes car s’apparentant plus à un travail qu’à une “occupation”. Mireille présente son travail en ce sens : “ce que j’ai voulu recréer avec cette ferme, c’est le rythme et le style de vie d’il y a 50 ans. C’est nourrir et soigner les animaux, jardiner, bricoler… J’ai voulu offrir une diversité d’activités simples, logiques et utiles grâce auxquelles les handicapés cessent d’être ceux qui dépendent des autres et deviennent ceux dont “on” dépend. Prendre soin d’un animal responsabilise. Au sein de la ferme, ils ont la possibilité de “choisir” l’activité ou l’animal qu’il préfère. Parfois l’animal peut être un médiateur entre l’handicapé et l’éducateur. Il est aussi un moyen de prendre conscience de son corps et de canaliser ses mouvements. Les chevaux sont particulièrement efficaces pour cela, mais les petits animaux sont, eux, plus accessibles et moins impressionnants. Il faut un peu de tout.”

Dans sa ferme, Mireille accueille et gère une variété de pathologies allant de l’autisme, et du retard mental jusqu’aux maladies mentales telles que la schizophrénie. Certains groupes viennent une fois tous les mois, tandis que d’autres peuvent s’offrir des “sorties à la ferme” hebdomadaires. Mireille a également trois pensionnaires permanents. “Les prises en charge des maladies mentales et des handicaps mentaux n’ont rien à voir. La souffrance, la capacité de réflexion et l’état de conscience de l’individu sont complètement différents. Mais dans un cas comme dans l’autre, ce sont des démarches très longues et lentes, exigeant de rassurer et de répéter sans arrêt les mêmes gestes et les mêmes règles durant des années, voire des dizaines d’années. Mais, à défaut d’être spectaculaire, les résultats n’en sont pas moins évidents. J’ai, par exemple, un résident qui est ici depuis une dizaine d’années. Quand il est arrivé ici, il n’était capable de rien et j’ai même hésité à l’accepter. Il ne faisait que tourner en rond dans la cour en gesticulant. Aujourd’hui il est socialement intégré et est capable de me demander si tel ou tel animal a bien mangé. Il prend même des initiatives !”

Contactée par l’association Orange Fleurs d’Espoir, Mireille a tout de suite été partante pour partager sa philosophie et son expérience de thérapies alternatives dont bien des aspects pourraient être appliqués à Ninh Binh. Parfois, quand les exigences de sa ferme ne l’accaparent pas trop, elle se surprend même à rêver aider quelques temps là-bas. Une situation dont on ne se plaindrait certainement pas !

Légendes des photos de bas en haut : quatre des anciennes volontaires de la Piste Ho Chi Minh en uniformes ; champignons de la Ferme de Ninh Binh ; membres de l’équipe locale du projet de la Ferme Durable et Solidaire de Ninh Binh dans l’actuelle champignonnière.

Contact

Audrey Gueho
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